dimanche 26 juin 2011

Billet 5 (module 13) | Au nom de la liberté, doit-on tout permettre sur l'Internet? Quelles sont les limites acceptables? Comment établir des limites qui aillent au-delà d'une morale trop ancrée dans une époque particulière?

Grâce à la démocratisation de l'Internet dans notre société, l'on a accès à une plus grande quantité et diversité d'informations, et l'on peut être à la fois l'émetteur et le récepteur. La plate-forme universelle du Web devient ainsi un immense espace de gestion, de production et d'échanges d'informations, de jeux virtuels et de socialisation. En effet, « Internet est un espace de communication inclusif, transparent et universel, sans intermédiaire, d'où s'épanouissent la liberté d'expression et la responsabilité des citoyens. L'accès à la sphère publique ne se limite plus aux médias traditionnels et à leur contrôle, ce qui favorise considérablement la liberté d'expression. » (Guichard et Lajoie, 2002 : 62)

Cependant, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères faisait remarquer que « les révolutions technologiques peuvent apporter le meilleur comme le pire. Ne fermons pas les yeux sur les dérives possibles, au risque de voir ce formidable progrès se transformer en régression. Car Internet peut aussi être détourné de ce que doit être sa vocation : un espace de liberté. Si les droits fondamentaux sont bafoués, le réseau peut se transformer, comme tout média, mais avec une puissance décuplée, en instrument de propagande, de désinformation, de répression et de surveillance. La tentation répressive est toujours là. Plus que jamais. Le nombre de pays qui pratiquent la censure, en usent pour surveiller et punir pour délits d'opinion, progresse à un rythme inquiétant : il a été multiplié par deux en un an seulement, selon le dernier rapport de Reporters sans frontières. » (Kouchner, 2002 : en ligne)

« Reporters Sans Frontières [RSF] s'inquiète des dernières législations qui menacent selon l'ONG la liberté d'expression sur Internet. [...] En violet, les ennemis d'Internet en 2011 selon RSF. En mauve, les pays placés sous surveillance. » (L'Express.fr, 2011 : en ligne)

 
Plus de personnes ont accès au Web, plus la question du sens de la notion de « liberté » sur la Toile mondiale fait jaser. Doit-elle être régie selon les lois nationales ou transcender celles-ci en raison de son caractère international? Qu'est-ce qui devrait être permis et qu'est-ce qui ne devrait pas l'être? Mais surtout, sur quelle base et à partir de quelle morale peut-on répondre à ces questions?

Le concept de liberté

Avant de répondre à la question de ce billet, je me permets d'en poser une autre : qu'entend-on par « liberté »? Pour être apte à déterminer les limites et définir un cadre moral pour l'Internet, il est impératif d'adopter préalablement une définition de ce concept.

  • Au sens des libertés civiles, elle réfère aux « pouvoir et droit innés, reconnus à toute personne, de déterminer dans une société organisée les choix relatifs à sa vie personnelle dans le respect des limites de la loi. » (Office québécois de la langue française, 2008 : en ligne),
  • Au sens sociologique du terme, elle renvoie au « pouvoir de faire tout ce qui n'est pas défendu par la loi et de se refuser à faire tout ce qu'elle n'ordonne pas. » (ibid, 1973 : en ligne)
  • Au sens de la liberté d'expression (ou droit de parole), droit reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948 et dans Déclaration canadienne des droits en 1958, elle consiste au droit naturel que possède tout individu d'exprimer librement ses opinions verbalement ou par écrit sous réserve des dispositions du Code pénal et des lois relatives à la diffamation. » (ibid, 1976: en ligne)



Dans ces trois définitions, on remarque que la liberté s'exerce dans un cadre juridique. Cela est primordial, puisqu'une liberté totale chez les uns peut entraîner des entraves à la liberté chez les autres. Rappelons-nous de l'affaire de Jeff Fillion et de la présentatrice météo Sophie Chiasson (pour un rappel de l'affaire, voir ce résumé sur Sisyphe.org). L'on voit aussi émerger les concepts de pouvoirs et de droits des individus. Ainsi, l'on peut conclure en amalgamant ces définitions que la liberté est le fait de pouvoir agir comme on le désire à l'intérieur de balises juridiques et morales prédéfinies par la société.

 

Quelles sont les limites de la liberté d'expression et de la censure? (Devoir de philosophie.com, 2005 : en ligne)




L'Internet : différent des autres médias

Je crois que l'on ne peut se permettre d'exprimer tout ce que l'on veut sur l'Internet, comme c'est le cas pour d'autres médias comme la télévision, la radio et la presse. Toutefois, il subsiste une différence majeure avec le Web; ce dernier est sans aucun doute le média le plus accessible, en ce sens où n'importe qui disposant d'une connexion Internet peut à la fois produire et recevoir du contenu. 


« Internet n'est pas un outil de communication ordinaire. C'est un réseau polycentrique (décentralisé) et acentrique (global), une gigantesque toile d'araignée informatique qui empêche possibilité de contrôle par une entité unique qui prétendrait en exercer la maîtrise. De plus, à la différence des médias classiques, Internet permet toutes sortes de modes de communication : il donne la possibilité pour chacun de "parler" à tous, de contacter n'importe quel internaute à quelque distance qu'il soit, de mettre en relation des interlocuteurs un à un, établissant ainsi un contact privé, mais il peut aussi faire transiter les messages d'un abonné vers une source d'informations, source considérée dès lors comme un lieu public auquel chacun (des internautes) peut avoir accès. En fait, ce nouveau médium permet à chacun de participer directement à la diffusion de l'information. Il rend l'internaute beaucoup plus actif que le spectateur auditeur puisque ce n'est pas l'information qui descend jusqu'à lui[,] mais l'internaute qui part à sa recherche et remonte à elle. » (Hamond, 2000 : 6)

Les individus comme les grandes organisations ne sont peut-être pas tout à fait sur le même pied d'égalité en termes de possibilités dites communicationnelles, mais elles le sont davantage que dans les autres médias traditionnels. Pensons notamment aux sites Web anti-Walmart et anti-McDonald. Et c'est justement cette possibilité de production démultipliée qu'offre le Web qui impose que l'on se pose des questions sur ce qui est permis ou pas.







« Le secrétaire général de Reporters Sans Frontière est intervenu lors de l'atelier Liberté électronique -- Les outils pour la liberté. Pour lui, en tant que défenseur des journalistes oppressés, Internet doit rester une espace où la liberté d'expression est sacrée. » (YouTube, 2011 : en ligne)





Sur quelles bases déterminer les limites : La morale ou le droit?

Malheureusement, je ne saurais proposer des limites considérées comme acceptables. Pourquoi? Comme tout individu, je vis dans un certain contexte et je suis empreinte d'une culture particulière et d'une vision du monde qui m'est propre. Je pourrais simplement affirmer que la liberté de faire ce l'on veut sur le Web devrait être encadré par les définitions de la liberté que j'ai énumérées précédemment. 



Mais ce problème subsiste : comment créer et uniformiser un champ d'action ou un cadre législatif de ce qui est permis sur le Web ou pas? Comparons le Canada et la Chine, deux pays où le contrôle gouvernemental de l'information diffère en tout point. Comment arrimer les intérêts et les cultures en matière de production de contenu sur le Web? Et cela, c'est sans compter les variations de sens des notions de « morale » et « d'éthique »... 

Déjà en 1998, la spécialiste en droit Caroline Ouellet proposait que « chaque État devrait appliquer d'abord ses lois existantes au réseau. En cas de conflits de droit entre les États, il y aurait lieu de recourir à des conventions internationales. [...] On ne peut se restreindre à une conception purement étatiste du droit. L'ensemble des notions utilisées (dont les droits fondamentaux comme la liberté d'expression), afin de départager les droits et les obligations des participants à de tels environnements, se définit plutôt par des concepts tels la morale, l'idéologie ou les croyances communément admises. La législation, pas plus que les autres sources du droit, ne saurait agir de façon définitive. » (Ouellet, 1998 : 106)


En effet, la morale est la fois un fait social et individuel, et ne peut être exclusivement réduite à un cadre juridique. Alors, imaginez à quel point elle peut différer d'un pays à l'autre! « La morale, en effet, s'appuie, telle la partie visible d'un iceberg, dans les implicites culturels et les consensus du groupe social considéré. Elle trouve ses points d'appui dans un ensemble de croyances, de valeurs, de sensibilités et de réflexes partagés par les membres du groupe. Elle fournit un corps d'injonctions qui guide la vie pratique des membres d'une collectivité en termes de bien ou de mal et qui n'est que partiellement fondé sur la réflexion parce que les normes ont été intériorisées pendant l'enfance. » (Brunet, 2002 : 10) À la lumière de cette définition, l'on peut réellement se demander comment appliquer une morale universelle à l'Internet. Mais cette dernière existe-t-elle?



L'imposition de limites universelles est-elle possible?

Peut-on réellement déterminer des limites entre ce qui est moral et ce qui ne l'est pas sur la Toile mondiale? Selon moi, il s'avère peut-être possible de le faire au sein d'une même culture donnée, par exemple en Amérique du Nord. Mais les concepts de liberté et de morale sont tellement intrinsèques à chaque personne qu'il s'avère difficile pour moi de me prononcer. 


Par exemple, prenons le concept de « diffamation ». Dans un article d'Isabelle Audet sur Cyberpresse, « l'avocat François Giroux indique qu'il est impossible de déterminer avec précision ce qui est diffamatoire et ce qui ne l'est pas. "Quand on se commet publiquement, il y a toujours un risque théorique de diffamation. Après, tout est affaire de contexte et de circonstances. Il n'y a pas de réponse qui s'applique à toutes les situations".» (Audet, 2009 : en ligne) Rajoutons à cela « [qu']environ 20 % des Québécois qui utilisent l'Internet en profitent pour exprimer des frustrations. Et si, en diffusant une opinion en ligne, ils dépassaient les bornes? La frontière entre la liberté d'expression et la diffamation est difficile à tracer. Tant et si bien que TD Assurance offre maintenant une protection aux internautes en cas de poursuite. » (Loc. cit.)
Bien que la liberté soit un concept relatif à chaque culture, voire à chaque individu, celle adoptée par la Déclaration universelle des droits de l'homme pourrait constituer un point de départ. Sinon, faudrait-il adapter cette liberté du Web selon les pays? C'est là que le problème de censure surgit, et cela s'avère fort complexe et risquerait de nous plonger dans « une situation qui pourrait inciter les producteurs de contenu à regarder chez eux pour trouver un hébergeur plus tolérant. Mais le problème demeure le même, l'hébergeur local pourrait décider de tenir compte des lois étrangères, car le contenu de ses clients sera accessible dans d'autres pays, avec d'autres lois. À moins que le fournisseur Internet qui héberge un site ne bloque de lui-même l'accès aux internautes de tel ou tel pays, pour éviter toute poursuite. » (Guglielminetti, 2008 : en ligne) 



Conclusion

Enfin, les nations elles-mêmes semblent conscientes du caractère planétaire d'Internet et de la difficulté de gérer un cadre définissant ce qui devrait y être permis ou non. Des initiatives ont déjà d'ailleurs été mises sur pied. 

« Vu le caractère transfrontalier et global d'Internet, les autorités nationales ont du mal à assurer le respect de tels principes. Elles essaient tout de même de façons différentes de réguler le contenu sur le réseau. [...] Dans de multiples pays, les autorités essaient par la loi de limiter les abus de la liberté d'expression sur Internet, mais elles ont compris qu'Internet est un phénomène transfrontalier qui ne peut être régulé au niveau national. C'est pourquoi les pays essaient de coopérer au niveau international. [...] En avril 1997, le Parlement européen a voté une résolution sur le "contenu illégal et préjudiciable sur le réseau internet". En janvier 1999, le Parlement européen et le Conseil ont adopté un Plan d'action pluriannuel, pour combattre de tels contenus sur le réseau. Toutefois, un engagement au simple niveau européen ne peut suffire pour contrôler l'activité et le contenu sur Internet. C'est pourquoi on parle d'introduire de telles questions dans des forums comme le G7, l'OCDE, l'Onu etc. Déjà en 1996, la France a fait une proposition à l'OCDE pour l'adoption d'une Charte de coopération internationale sur Internet ». (Mathias, 2000 : en ligne)

Au fil des ans, le Web devient de plus en plus accessible. Gageons que bientôt, il ne sera plus exclusivement l'apanage des pays les plus industrialisés. Il sera alors pertinent d'observer si, à mesure que la fracture numérique s'élimine, l'élaboration d'un cadre de liberté d'expression sur l'Internet sera possible.



Bibliographie

AUDET, Isabelle (2009). « La liberté d'expression virtuelle à ses limites », dans La Presse [en ligne], http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/internet/200910/18/01-912419-la-liberte-dexpression-virtuelle-a-ses-limites.php (Consulté le 23 juin 2011).

BRUNET, Patrick J. (2002). Éthique et Internet, Québec : Presses de l'Université Laval, 248 p., coll. « ÉPC : Éthique et philosophie de la communication ».

DEVOIR DE PHILOSOPHIE.COM (2005). La liberté d'expression peut-elle menacer l'ordre public? [en ligne], http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertation-droit-expression-danger-ordre-pouvoir-politique-11943.html (Consulté le 25 juin 2011).

GUGLIELMINETTI, Bruno (2008). « La liberté d'expression se bute à des limites, même sur Internet », dans Le Devoir [en ligne], http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/181957/la-liberte-d-expression-se-bute-a-des-limites-meme-sur-internet (Consulté le 23 juin 2011)

GUICHARD, Éric, et Jacques LAJOIE (2002). Odyssey Internet : enjeux sociaux, Québec : Presses de l'Université du Québec, 201 p. 

HAMOND, Arnaud (2000). Une approche de la liberté d'expression sur Internet, mémoire présenté à pour l'obtention du DEA Droit de l'homme et libertés publiques, Nanterre : Université Paris X Nanterre, 158 p. [en ligne], http://www.juriscom.net/uni/mem/14/presentation.htm (Consulté le 23 juin 2011)

KOUCHNER, Bernard (2010). Discours du ministre des Affaires étrangères et européennes, prononcé dans le cadre de la réunion « Internet et liberté d'expression », Paris : Ministères des Affaires étrangères et européenne (France) [en ligne], https://pastel.diplomatie.gouv.fr/editorial/actual/ael2/bulletin.asp?liste=20100709.html (Consulté le 23 juin 2011).

L'EXPRESS (2011). Internet : RSF place la France sous surveillance [en ligne], http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/internet-rsf-place-la-france-sous-surveillance_250533.html (Consulté le 25 juin 2011).

MATHIAS, Paul (2000). « Liberté d'expression et Internet », conférence présentée dans le cadre du colloque Internet? Enjeux de théorie politique à l'Institut d'études politiques de Paris le 31 mars 2000 [en ligne], http://barthes.enssib.fr/archives/scpo/Presentations99-00/Bjorstad/index.html (Consulté le 23 juin 2011)

OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE (1973). Liberté (sociologie) [en ligne],

OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE (1976). Liberté de parole [en ligne], http://www.granddictionnaire.com/BTML/FRA/r_Motclef/index1024_1.asp (Consulté le 23 juin 2011).

OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE (2008) Liberté civile [en ligne], http://www.granddictionnaire.com/BTML/FRA/r_Motclef/index1024_1.asp (Consulté le 23 juin 2011).

OUELLET, Caroline (1998). Qui fait la loi sur Internet? : censure ou liberté, droits et responsabilité, Sainte-Foy : Presses de l'Université Laval, 125 p.

YOUTUBE (2011). « EG8 FORUM : Jean-François Julliard : « Les blogueurs aussi doivent être défendus », par 3G8ForumFranceTV [en ligne], http://www.youtube.com/watch?v=LJRN-cFIdPQ (Consulté le 25 juin 2011).

jeudi 23 juin 2011

Mini-essai 2 | Contrepied d'un mini essai - Les tablettes tactiles : le faux sauveur de la presse?

Plan du texte



Introduction

1. La tablette tactile

2. La tablette tactile et la presse : ma position
    2.1 Un modèle de financement publicitaire
    2.2 Un large public à conquérir
    2.3 L'enthousiasme des acteurs de la presse
3. Un exemple réel de l'utilisation de la tablette tactile dans le domaine de la communication publique
    3.1 Qu'entend-on par « communication publique?

    3.2 Contre-exemple de l'utilisation de la tablette tactile en communication publique : Livestand

Conclusion : pistes de réflexion

Bibliographie

mardi 14 juin 2011

Billet 4 (module 12) | Visitez un site Web citoyen autre que CentPapier, présentez-le à vos camarades. Discutez de sa position sur l'échiquier « politique ».

Qui, au Québec, n'est pas au courant de l'enjeu des gaz de schiste? On en parle partout : à la télévision, à la radio, sur le Web, dans les magazines, et aussi entre nous. Qui dit gaz de schiste, dit aussi controverse! (Pour un rappel de l'enjeu ou en savoir davantage, consultez le dossier intitulé Ces gaz qui nous divisent, disponible sur le site Web de L'actualité). Alors que les experts sont mitigés au sujet de leur exploitation chez nos voisins du Sud, celle-ci a été carrément interdite chez nos cousins français. Au Québec, le gouvernement a d'abord tenté de « proposer » ce projet non pas avec une certaine force et en ne cherchant pas à savoir si les citoyens étaient prêts ou non. En effet, rappelons-nous que les recommandations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) ont été écartées du revers de la main par les décideurs.





Le Québec, source de gaz de schiste : plus d'une vingtaine d'entreprises désirent de se lancer dans l'exploitation du gaz dans la province
(Le Devoir, 2010 : en ligne)




Un blogue pour structurer l'opposition des citoyens


Dans ce quatrième billet, je vous présenterai le blogue du regroupement citoyen Mobilisation gaz de schiste de Saint-Marc-sur-Richelieu et de la vallée du Saint-Laurent. Il s'agit d'un site Web créé par les citoyens de cette municipalité de la Montérégie. Il s'agit d'un espace dans lequel ils expriment leur opposition à l'exploitation des gaz de schiste. Leur mission est la suivante :


« Nous demandons un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste qui menacent la qualité des milieux de vie et la sécurité des populations. Nous souhaitons que le gouvernement encourage un système de production et de consommation d'énergies socialement et écologiquement responsable ». (Blogue du regroupement citoyen « mobilisation gaz de schiste » de Saint-Marc-sur-Richelieu et de la vallée du Saint-Laurent, 2011 : en ligne)




Des groupes de citoyens dénoncent l'exploitation des gaz de schiste. Qui gagnera la bataille : entreprises ou citoyens?
(Cliche, 2010 : en ligne)


Un blogue structuré porteur de la voix de l'opposition des citoyens


Si l'on tape « gaz de schiste Québec » dans le moteur de recherche Google, le blogue apparaît en 7e position.

Sur la page d'accueil, on peut voir qu'il existe aussi une version interrégionale du mouvement d'opposition à l'exploitation des gaz de schiste. Le site semble assez développé, puisqu'il est possible de s'inscrire à une liste d'envoi, et il y a même une section consacrée aux médias, qui comprend les coordonnées des personnes à joindre. Il y aussi un hyperlien menant vers un article de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).

La page du site Web est divisée en deux colonnes. La colonne de gauche comprend plusieurs informations complémentaires sur la question du gaz de schiste, notamment :

  • des rapports et des documents relatifs au BAPE;
  • des liens menant vers des documents sur le processus politique lié aux gaz de schiste;
  • des articles scientifiques;
  • des documents, photos et vidéos sur l'expérience de l'exploitation des gaz de schiste ailleurs qu'au Québec;
  • des documents sur les enjeux socio-économiques et de sécurité, ainsi que sur l'eau;
  • des documents et des liens sur les problèmes liés à l'agriculture et aux milieux ruraux;
  • des explications du cas de Saint-Marc-sur-Richelieu et la vallée du Saint-Laurent;
  • des solutions alternatives aux gaz de schiste;
  • des liens vers d'autres sites pertinents, des organismes environnementaux et 
    d'autres mouvements d'opposition mis sur pied par citoyens.
Quant à la colonne de droite, elle contient les messages d'actualité du blogue. En ce moment, il y en a trois : l'un fait état du communiqué du Collectif scientifique sur le gaz de schiste, l'un mène vers un article de Cyberpresse au sujet de l'interdiction de l'exploitation des gaz de schiste en France, et l'autre traite du lancement officiel du Collectif.

Comme éléments graphiques, on retrouve peu de photos, environ deux ou trois. Élément intéressant : il y a une carte interactive de Google, à partir de laquelle l'internaute peut visualiser un puits de gaz de schiste à Saint-Marc-sur-Richelieu.

Enfin, le blogue du regroupement citoyen « Mobilisation gaz de schiste » de Saint-Marc-sur-Richelieu et de la vallée du Saint-Laurent semble être un relayeur d'information au sujet des dangers liés à l'exploration et à l'exploitation des gaz de schiste. En parcourant le site Web, j'ai par exemple pu accéder rapidement à plusieurs mémoires d'experts, à une revue de presse, de même qu'à divers vidéos. Bref, ce site renferme une mine d'or d'information, comme s'il s'agissait de la base de données de l'argumentation du groupe de citoyens.

Avant de vous présenter l'aspect politique de cet enjeu
, voici un bref reportage de Radio-Canada sur ce sujet.






« Les réserves en gaz de schiste semblent nombreuses au Québec et plusieurs compagnies s'y intéressent de très près. Certaines désirent commencer bientôt leur exploitation, mais Québec y met un frein. Il n'est pas question pour le gouvernement de donner son approbation avant l'adoption d'une nouvelle loi sur les hydrocarbures. »
(YouTube, 2010 : en ligne)


La place de ce regroupement citoyen sur l'échiquier politique

La disponibilité des technologies de l'information n'est plus exclusive aux organisations. Désormais, tous peuvent s'exprimer sur le Web. « La tendance actuelle est significative[,] car elle prend ancrage dans un contexte général de méfiance vis-à-vis des entreprises et de perte de légitimité des institutions traditionnelles. Ceci est allié à un pouvoir d'expression nouveau des publics et à une extension du droit de regard et d'opinion, notamment avec le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication ». (Johannes, 2010 : 68) Le Web est la tribune permanente du groupe « Mobilisation gaz de schiste », et il s'est approprié cette plateforme au même titre que les autres acteurs de cet enjeu social, politique, économique et environnemental.

Dans un autre ordre d'idées, les défenseurs des gaz de schiste - le gouvernement, les sociétés pétrolières et le milieu des affaires - affirment que l'avenir énergétique du Québec se trouve dans les gaz de schiste et que son exploration rapporterait gros à l'État. Toutefois, les opposants évoquent les dangers liés à la sécurité des populations et l'environnement. Confrontés à un premier ministre favorable au gaz de schiste, les citoyens devaient trouver une façon de se faire entendre : « Le premier ministre du Québec, Jean Charest, persiste et signe dans le dossier du gaz de schiste. Malgré l'opposition de plusieurs groupes de citoyens et les pressions de l'opposition, M. Charest maintient l'orientation de son gouvernement au nom de la "création de richesse". » (Radio-canada.ca, 2010 : en ligne)

Pour exercer un plus gros contrepoids aux défenseurs des gaz de schiste, des citoyens se sont unis. À mon avis, un regroupement tel que Mobilisation gaz de schiste avec l'AQLPA s'avérait nécessaire s'ils voulaient exercer une certaine force politique, puisque le gouvernement avait déjà donné l'aval aux entreprises exploitantes, sans compter l'influence des activités de leurs lobbyistes sur la décision du gouvernement. « [...] La résistance s'organise. Le regroupement Mobilisation gaz de schiste, fondé par des opposants de Saint-Marc-sur-Richelieu, où un puits pourrait bientôt être foré, et l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmo­sphérique tentent de former une coalition nationale antigaz. Pour eux, le débat dépasse largement le spectre du "pas dans ma cour". Car cette cour est la vallée du Saint-Laurent. Et la majorité de la population québécoise y habite. » (Nadeau, 2010 : en ligne)

La voix de Mobilisation gaz de schiste se joint aussi à celle de Québec solidaire et du Parti québécois, qui demande la tenue d'un moratoire. D'ailleurs, [la porte-parole de Québec solidaire] Françoise David a affirmé « qu’il faut unir » les forces de ceux qui souhaitent la tenue d'un tel moratoire. (Bourque, 2010 : en ligne) Mobilisation gaz de schiste n'est donc pas seul à vouloir intervenir publiquement et à influencer les décideurs. D'ailleurs, « cette sortie des deux partis traditionnellement à gauche sur l’échiquier politique québécois suit une intervention remarquée hier du fondateur du Cirque du Soleil Guy Laliberté qui s’est inquiété des dommages environnementaux causés par l’exploitation de ces gaz. » (Bourque, 2010 : en ligne)


Manifestation de citoyens contre les gaz de schiste à Saint-Denis-sur-Richelieu, tenu le 23 avril 2011
(Le souffle court, 2011 : en ligne)


L'enjeu des gaz de schiste au Québec : une conclusion similaire à Rabaska?

Vous vous souvenez peut-être de l'affaire du terminal méthanier de Rabaska (pour en savoir plus, voir les documents du BAPE relatifs au projet Rabaska). À cette époque, « la pénurie de gaz appréhendé­e en Amérique du Nord avait donné naissance à des projets de terminaux méthaniers permettant d'importer du gaz naturel liquéfié. » (Guérard, 2010 : en ligne) Rappelons aussi que, comme dans le cas de l'exploitation des gaz de schiste, la vitalité économique était l'argument maître des tenants au projet. Toutefois, la ténacité d'un groupe de citoyens a réussi à faire tellement retarder le projet que « la ressource, devenue abondante, rend inutile la construction du terminal Rabaska, à Lévis. » (Loc. cit.


Dans ce cas, une grande entreprise avec ses millions, « sa horde de spécialistes à gages, l'appui absolu de tous les politiciens, de tout le monde économique », a été au final renversée par une poignée de citoyens. (Dagenais et coll., 2009 : en ligne) Peut-on ainsi établir un parallèle entre Rabaska et l'industrie des gaz de schiste?

Certes, des puits de forage sont déjà à l'essai au Québec. Les mouvements d'opposition auront-ils gain de cause, ou le contrat est-il déjà signé entre l'industrie des gaz de schiste et le gouvernement? 



Bibliographie

BLOGUE DU REGROUPEMENT CITOYEN « MOBILISATION GAZ DE SCHISTE » DE SAINT-MARC-SUR RICHELIEU ET DE LA VALLÉE DU SAINT-LAURENT (2011). [en ligne],  http://mobilisationgazdeschiste.blogspot.com/(Consulté le 12 juin 2011).

CLICHE, Paul (2010). « Gaz de schiste - Les intérêts partisans ne doivent pas primer », dans Le Devoir [en ligne], http://www.ledevoir.com/politique/quebec/296064/gaz-de-schiste-les-interets-partisans-ne-doivent-pas-primer (Consulté le 12 juin 2011).

DAGENAIS, Bernard, CADRIN, Gaston, LESSARD Michel, et Pierre-Paul SÉNÉCHAL (2009). Rabaska : autopsie d'un projet insensé, Montréal : Fides, 266 p. X

GUÉRARD, François (2010). « Ce que changera le gaz de schiste », dans L'actualité [en ligne], http://www.lactualite.com/societe/ce-que-changera-le-gaz-de-schiste (Consulté le 13 juin 2011).

JOHANNES, Karine (2010). « L'utilisation de l'Internet comme un moyen de dialogue avec les parties prenantes : le cas du forum nucléaire belge », dans CATELLANI, Andrea, LIBAERT, Thierry, et Jean-Marie PIERLOT, Contredire l'entreprise : actes du colloque de Louvain-la-Neuve, 23 octobre 2009, Louvain : Presses universitaires de Louvain, p. 69-78.

LE DEVOIR (2010). Survol des entreprises qui convoitent le gaz au Québec [en ligne], http://www.ledevoir.com/politique/quebec/296033/survol-des-entreprises-qui-convoitent-le-gaz-au-quebec (Consulté le 13 juin 2011).

LE SOUFFLE COURT, SITE OFFICIEL DE MOBILISATION GAZ DE SCHISTE MONT-SAINT-HILAIRE (2011). Manifestation pacifique « non au gaz de schiste » [en ligne], http://soufflecourt.org/Patrimoine/2011/05/aujourdhui-sur-souffle-court/ (Consulté le 13 juin 2011).

NADEAU, Jessica (2010). « Ces gaz qui nous divisent », dans L'actualité [en ligne], http://www.lactualite.com/societe/ces-gaz-qui-nous-divisent?page=0,1 (Consulté le 13 juin 2011).

RADIO-CANADA.CA (2010). Le premier ministre mise sur la « création de richesse » [en ligne], http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2010/09/22/004-Charest-gaz-schiste.shtml (Consulté le 13 juin 2011).
YOUTUBE (2010). « Téléjournal - Pas d'exploitation de gaz de schiste sans loi », par Radio-Canada [en ligne], http://www.youtube.com/watch?v=wXn6xw3OqN0&feature=related (Consulté le 13 juin 2011).

dimanche 12 juin 2011

Billet 3 (module 9) | Avez-vous souvenir d'un événement où les citoyens sont devenus journalistes? Ou encore, vous êtes-vous déjà dit (en parodiant Renaud) « Putain, où c'est que j'ai mis mon cellulaire? » ratant ainsi une photo qui vous aurait valu une publication dans un journal, qui sait qui aurait pu faire le tour de la Terre?

Avez-vous lu mon premier billet, dans lequel j'exprime mon point de vue sur le téléphone mobile? J'y mentionnais que ce dernier faisait de ses utilisateurs des esclaves. Toutefois, force est d'admettre que le portable a aussi de multiples utilités. En effet, il pourrait faire de vous un journaliste citoyen! Cela s'est produit à maintes reprises. Pensons notamment à Adam Stacey et sa célèbre photo des attentats de Londres en 2005 (voir l'article de la BBC), ainsi qu'aux citoyens iraniens qui ont publié des photos et des vidéos sur la Toile, et créé des blogues sur les élections tenues en Iran en 2009 (voir l'article sur le site d'Aministie internationale). Je vais vous raconter un cas où un citoyen, parce ce qu'il se trouvait au bon endroit au bon moment, est devenu journaliste, celle de Janis Krums (voir son blogue).


Il était une fois sur l'Hudson, à New York



« There's a plane in the Hudson. I'm on the ferry going to pick the people. Crazy. » (KRUMS, 2009 : en ligne)

Ce tweet posté par Janis Krums est à l'origine d'un scoop, d'une nouvelle mise au jour par un citoyen. En voici l'histoire.


Janis Krums se trouvait dans le traversier sur la rivière Hudson qui effectuait la navette vers Manhattan. Soudain, un avion Airbus A320 de l'US Airways transportant 155 passagers atterrit d'urgence sur la rivière Hudson. Les deux moteurs de l'avion avaient perdu leur puissance peu de temps après le décollage depuis l'Aéroport La Guardia. (The New York Times, 2009 : en ligne) 


Aussitôt, Krums saisit son téléphone mobile intelligent, prend une photographie, puis rédige le tweet qui allait faire de lui le premier annonciateur officiel de cet accident, et qui lui vaudra le prix du Shorty Awards 2009. Aussitôt publiée, aussitôt vue : 34 minutes après la diffusion de la photo, MSNBC a mené une entrevue en directe à la télévision avec Krums en tant que témoin. (Mackey, 2009 : en ligne, et BBC News, 2009 : en ligne) Krums se voit ainsi attribuer un triple rôle : journaliste citoyen, témoin et source d'information. 


Par la suite, 7000 personnes ont tenté simultanément de voir le tweet de Krums, ce qui a entraîné le plantage du site Web de Twitter. (Mackey, 2009 : en ligne) Dans les 24 heures qui ont suivi l'accident, 240 000 personnes avaient déjà vu la photographie de Krums. (Péloquin, 2009 : en ligne) Son tweet, sa photographie, de même que son histoire, sont relayés par les médias du monde entier.


Sur le blogue de Janis Krums, l'on retrouve une liste de liens sur la couverture médiatique de l'événement. Par exemple, on peut y voir une entrevue télévisée sur le réseau ABC avec Janis Krums et deux autres témoins lors de l'émission Good Morning America. (The Blog of Janis Krums, 2009 : en ligne).


Heureusement, les 155 passagers du vol ont survécu. Je ne m'attarderai pas dans ce billet sur l'héroïsme dont a fait preuve le pilote, le capitaine Chesley Sullenberger III (alias Capitaine Sully), mais je vous suggère de visionner cette vidéo qui porte sur ce sujet, et présente des images intéressantes de l'accident :





Miracle on Hudson Capt Sully, a not-so-average American Hero, (YouTube, 2009 : vidéo en ligne)




Selon Mike Wendland, journaliste du site Web du Detroit Free Press, le tweet de Krums lancé quelques minutes à peine après que le Boeing se soit abîmé dans l'Hudson, signifie que « les médias traditionnels ont été devancés par les médias sociaux ». (traduction libre de Mackey, 2009 en ligne) Il apporte cependant cette nuance : seul un petit nombre de personnes avaient eu la chance de voir la photo de Krums, avant que celle-ci ne soit diffusée dans les grands médias, notamment à la télévision. (Mackey, 2009 : en ligne)


L'affaire du US Ariways Airbus A320 et de Janis Krums est « l'événement [qui] sera célébré comme la preuve de la puissance de la viralité de Twitter (et des autres services de micro-blogging) et de l'émergence d'un journalisme citoyen ». (Leroux, ebook en ligne : 43) Bref, comme je l'ai mentionné plus tôt, Krums fut au bon endroit au bon moment!


Voici la fameuse photo de Janis Krums, qui a fait le tour des médias de la planète :

Photo prise par Janis Krums de l'atterrissage en catastrophe de l'US Airways sur l'Hudson River, à New York en 2009
(TwitPic, 2009 : en ligne)

Quelques réflexions sur le journalisme citoyen?

Lorsqu'il exerce le journalisme citoyen, une personne utilise les moyens de communication disponibles gratuitement et ne suit pas une logique de rentabilité financière, contrairement aux médias traditionnels. (Moleaud, 2010 : en ligne) Ainsi, le citoyen lecteur peut aussi être citoyen journaliste, comme ce fut le cas de Janis Krums, au sens où il fut initiateur d'une nouvelle.


L'essor du journalisme citoyen n'est pas sans conséquence sur le journalisme traditionnel. « L'émergence de la figure du public contribue plus fondamentalement à transformer la configuration médiatique. La capacité du public à produire du contenu et le nouveau regard porté par les médias sur ce public permettraient aujourd'hui d'externaliser la production de faits bruts. L'imaginaire du "tous rédacteurs" (le potentiel du public en matière de couverture d'événements) tend à se répandre après la diffusion de documents amateurs sur les grands médias ». (Tredan, 2007: 120) Comme nous l'avons vu dans le cas de Krums, sa photographie représente en fait un produit brut issu d'un citoyen, qui a été repris par la suite dans les médias.


Des récits tels que celui de Janis Krums, il ressort que « la réactivité des messageries instantanées communautaires est plus forte que celle des moteurs d’information traditionnels. Comme le signale Bernard Lunn sur le ReadWriteWeb, c’est d’ailleurs un exemple qui montre une réelle faiblesse de la plupart des moteurs de recherche et notamment de Google, le plus emblématique d’entre eux. Analyser le web en temps réel est encore le talon d’Achille du web, et ce, alors que l’information en temps réel ne va cesser de s’y déverser toujours plus abondamment. » (Guillaud, 2009 : en ligne) 


Est-ce que Twitter et les autres médias sociaux seraient réellement en voie de surpasser le plus puissant des moteurs de recherche? Certes, il faut que les moteurs de recherche s'adaptent à cette nouvelle réalité de l'instantanéité de l'information. Il faut le rappeler, lorsque l'avion s'est posé sur l'Hudson River, Twitter avait été le premier canal à diffuser la nouvelle, et ce, avant même qu'elle ne soit disponible sur le reste de la Toile mondiale. Il faut tout de même préciser que c'est la télévision qui fut le relayeur de la photographie de Krums auprès de millions de personnes, qui ont ainsi pu la voir. 


Christian Péloquin soulignait d'ailleurs ce fait sur le blogue de Michelle Blanc : « 240 000 personnes [ont] vu la photo du gars qui a soi-disant annoncé l’histoire sur Twitter. [...] contre combien de centaines de millions de personnes ont vu les images à la télé et sur les grands sites des médias ou même sur YouTube (grâce aux images provenant de grands médias). Combien de personnes ont appris l’histoire sur Twitter grâce à un lien menant vers le NYTimes [The New York Times] ou n’importe quel autre site de journal??? Twitter pas Twitter, les médias auraient amplement parlé de l’histoire. Si ça se trouve, les médias étaient au courant de l’histoire avant même que l’avion touche l’eau. Le fait qu’un gars ait publié la photo sur Twitter est intéressant, parce que ça permet à n’importe qui de se rapprocher un peu de l’histoire. Mais soyons honnêtes, les gens qui ont appris l’existence de l’incident par le post de Janis Krums sont RARISSIMES. » (Péloquin, 2009 : en ligne)


Le cas de Krums est-il unique? Peut-que non, puisque des entreprises permettent déjà à des personnes de devenir journalistes citoyens. Selon Oh Yehon Ho, fondateur de Oh My News, un portail d'information, dont une large part est produite par des journalistes citoyens, et visité par un million de visiteurs par jour, en Corée du Sud, tout le monde peut s'improviser journaliste. Il ajoute que : « c'est indispensable pour la démocratie directe et participative. Il faut rendre l'information plus horizontale. Il ne faut plus qu'elle aille de haut en bas. Mais, attention, cela ne veut pas dire la fin des journalistes professionnels pour autant. Au contraire, les deux vont de pair » (Char, 2011 : A1).

Mentionnons aussi que les citoyens ont de moins en moins confiance en les médias traditionnels. L'essor du journalisme citoyen constitue une réponse à cet état de fait, « un nouveau journalisme, plus engagé, moins orienté et plus ouvert favorisant une bidirectionnalité. [...] Et la multiplication des carnets Web. » (Dumais, 2003 : en ligne) Pierre C. Bélanger, professeur au département de communication de l'Université Ottawa, affirmait d'ailleurs qu'une crise de confiance existe bel et bien : « il y effectivement un malaise dans la relation qu'entretient le citoyen avec les médias. C'est très sain pour la démocratie quand on observe que des lumières rouges s'allument ici et là. Cela démontre que le citoyen n'est pas aussi inerte qu'on peut le croire.» (Dumais, 2003 : en ligne)







« Don't hate the media become the media » : la réponse à la méfiance et au cynisme envers les médias traditionnels passe-t-elle par le journalisme citoyen?
(Moleaud, 2010 : en ligne)


Journalisme professionnel et journalisme citoyen : concurrence?


Pour conclure, la question à se poser est la suivante : journalisme professionnel et journalisme citoyen peuvent-ils cohabiter? Peuvent-ils se révéler complémentaires, comme l'exemple de Janis Krums l'a démontré? « L'interactivité, le journalisme citoyen, la perte du statut d'une communication verticale d'un journalisme « maître des sources »... Tout cela est vivifiant, bouscule les ordres établis et les idéologies. Mais on ne plaidera pas pour un abandon du journalisme aux citoyens. Pas plus qu'on ne fera une profession de foi pour le seul journalisme narratif. C'est à une recomposition des pratiques journalistiques qu'il faut s'atteler, pour retrouver le public, et non à une guerre de religion entre journalisme factuel et littéraire, entre journalistes professionnels et citoyens journalistes, entre médias traditionnels et nouveaux médias... » (Grevisse, 2008 : 215) Je partage entièrement cet avis, puisqu'il semble s'agir de pistes de réponse (ou de solution?) plus que pertinentes.




Bibliographie


BBC NEWS (2009). Twitter's Iconic Images of US Airways Plane [vidéo en ligne], http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/7834755.stm (Consulté le 8 juin 2011).

CHAR, Antoine (2011). « L'entrevue, le triomphe du journalisme citoyen », dans Le Devoir, p. A1. (Consulté le 8 juin 2011).

DUMAIS, Michel (2003). « Technologie : à propos du journalisme citoyen », dans Le Devoir [en ligne], http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/33661/technologie-a-propos-du-journalisme-citoyen (Consulté le 8 juin 2011).

GREVISSE, Benoît (2008). Écritures journalistiques : stratégies rédactionnelles, multimédia et journalisme narratif, Bruxelles : De Boeck Supérieur et universitaire, 256 p., coll. « Info & Com ».

GUILLAUD, Hubert (2009). « Twitter : le filtre de l'Internet en temps réel », dans Internet Actu.net [en ligne],  http://www.internetactu.net/2009/01/22/twitter-le-filtre-de-linternet-en-temps-reel/ (Consulté le 8 juin 2011).

KRUMS, Janis (2009). http://twitpic.com/135xa- There's a plane in the Hudson. I'm on the ferry going to pick up the people. Crazy. (Tweet posté le 15 janvier 2009) [en ligne], http://twitter.com/#!/jkrums/status/1121915133 (Consulté le 8 juin 2011).

LEROUX, Yann (2009). « La rapidité de propagation de l'information », dans Tirer le meilleur parti de Twitter : Guide pour les entreprises et les particuliers, p. 40-44 [ebook, en ligne], http://www.scribd.com/doc/21633874/Tirer-le-meilleur-parti-de-Twitter (Consulté le 9 juin 2011).



MACKEY, Robert (2009). « Can a Tweet Be a Scoop? », dans The New York Times [en ligne], http://thelede.blogs.nytimes.com/2009/01/16/can-a-tweet-be-a-scoop/ (Consulté le 8 juin 2011).

PÉLOQUIN, Christian (2009). « À propos de la vélocité des sources non journalistiques » dans Michelle Blanc (blogue) [en ligne], http://www.michelleblanc.com/2009/03/19/a-propos-de-la-velocite-des-sources-non-journalistique/ (Consulté le 9 juin 2011).

MOLEAUD, Samuel (2010). « Le "journalisme citoyen" : une révolution entre démocratie participative militante, et intoxication médiatique capitaliste », dans Le grand soir [en ligne], http://www.legrandsoir.info/Le-journalisme-citoyen-une-revolution-entre-democratie-participative-militante-et-intoxication-mediatique-capitaliste.html (Consulté le 8 juin 2011).

THE BLOG OF JANIS KRUMS (2009). Miracle on the Hudson [en ligne], http://janiskrums.com/miracle-on-the-hudson/ (Consulté le 8 juin 2011).

THE NEW YOR TIMES (2009). US Airways Flight 1549 News [en ligne], http://topics.nytimes.com/top/reference/timestopics/subjects/a/airplane_accidents_and_incidents/us_airways_flight_1549/index.html?s=oldest& (Consulté le 8 juin 2011).

TREDAN, Olivier (2007). « Le "journalisme citoyen" en ligne : un public réifié? », dans Hermès, n° 47, p. 115-122.

TWITPIC (2009). @jkrums : There's a plane in the Hudson. I'm on the ferry going to pick up the people. Crazy. [en ligne], http://twitpic.com/135xa (Consulté le 8 juin 2011).


YOUTUBE (2009). Miracle on Hudson Capt Sully, a not-so-average American Hero [vidéo en ligne], http://www.youtube.com/watch?v=ih5CPeKl-Ds (Consulté le 11 juillet 2011).