mardi 24 mai 2011

Brisons la glace! | Les TIC sont-elles déterminantes dans le développement de nos sociétés?

Le prolongement d'habitudes personnelles à la sphère sociale

Avant de répondre à la question, brisons la glace avec un léger exercice de réflexion sur vos actions quotidiennes. Le matin, vous parcourez quelques articles de votre quotidien favori... en ligne. Ensuite, vous consultez votre boîte de courriels afin de vérifier si vous avez reçu le suivi de votre commande placée sur Ebay. Puis, vous allumez votre téléviseur (numérique) pour écouter les nouvelles sur RDI. Vous assistez alors à la déroute de Dominique Strauss-Kahn. Vous voyez aussi des vidéos prises avec le cellulaire d'un citoyen égyptien qui vous donnent l'impression de manifester avec la foule... Bien évidemment, tout cela en compagnie de votre iPhone, votre chien de garde toujours sur le qui-vive, au cas où...

Ces actions auraient-elles été les mêmes il y a 30 ans? Vous vous seriez probablement rendu au bureau de poste, auriez regardé la télévision coiffé de ses « oreilles de lapin » et vous n'auriez certes pas vu autant d'images de l'autre bout de la planète.

Passons maintenant de la dimension personnelle à sociale en répondant à la question. Selon moi, les technologies d'information et de communication (TIC) sont déterminantes dans le développement de nos sociétés.

Je nuance toutefois ma position: les TIC ne déterminent pas les sociétés, mais elles sont déterminantes pour le développement de celles-ci, au sens où elles exercent une influence considérable. Je conserve donc une certaine distance par rapport à la théorie du déterminisme technologique de Marshall McLuhan. Bien qu'il existe toute une pléthore d'arguments pour justifier ma position, j'ai choisi de me concentrer sur deux arguments tirés d'observations de la réalité :
  • Nous créons des TIC d'abord dans le but de répondre à des besoins, et non l'inverse. Elles provoquent par la suite des changements dans la société, notamment dans l'organisation et de la diffusion du savoir;
  • L'accès aux TIC a permis à certains groupes sociaux de se doter d'une structure plus forte, comme le mouvement altermondialiste.

Les TIC : créés pour combler nos besoins... et notre savoir

« Dans les TIC, on retrouve à la fois les effets structurants de la technologie et le façonnage de celles-ci par les processus sociaux ». (La Lettre EMERIT, 2005 : en ligne) On parle ainsi de « coévolution » des TIC et de notre société. Celle-ci donne lieu à un effet boule de neige : nous créons des TIC pour répondre à nos besoins, et celles-ci modifient par la suite nos habitudes de vie et celles de la société. À l'exception notable du iPod, ce ne sont pas les TIC qui créent les besoins.

Les TIC sont d'abord et avant tout conçus par l'homme. Préalablement à leur conception, la création des TIC est « déterminée par une série de spécifications qui ne sont pas de nature technique : les politiques publiques, les stratégies des entreprises, les exigences des clients, les préférences des consommateurs, les mécanismes du marché, les contraintes et opportunités du changement organisationnel, les qualifications disponibles, les trajectoires sociotechniques préexistantes ». (La Lettre EMERIT, 2005 : en ligne)

Par exemple, nous avons inventé le iPhone et le Blackberry pour accroître la rapidité de circulation de l'information et abolir les frontières liées à la distance, bref, faciliter la gestion. Pensons aux cadres des entreprises, branchés en permanence sur ces petits bijoux électroniques, qui voient ainsi leurs méthodes de travail méthodologies métamorphosées, et cela entraîne des répercussions pour le reste de l'organisation. Les TIC satisfont à nos besoins de performance et nous les créons délibérément pour modifier nos habitudes de travail. Ainsi, le travail, l'une des roues du moteur de notre société, tourne de plus en plus vite...

Pensons également au domaine de l'éducation. On le dit bien souvent, le savoir constitue l'un des piliers de la société. Les étudiants ont maintenant accès en quelques clics à la mine d'information mondiale qu'est le Web. De rats de bibliothèque, ils sont maintenant de véritables surfeurs voguant sur les vagues du Web.

Les élèves sont mieux informés que les générations précédentes, grâce aux TIC, et ont par conséquent des attentes par rapport aux méthodes pédagogiques employées par leur enseignant. « Dans un monde où l'explosion des technologies numériques bouleverse les modes d'accès aux savoirs, les enjeux fondamentaux de l'intégration des TIC à l'école devraient éventuellement se traduire par une modification profonde de la tâche du formateur, de l'organisation de l'enseignement, de la conception de l'apprentissage, voire de la façon dont l'étudiant s'approprie la connaissance ». (Lefoe, 1998, dans Karsenti et Larose, 2005 : 4)

Vous voulez voir un exemple de réussite de l'intégration des TIC en milieu scolaire? Je vous conseille la lecture de l'article intitulé Jamais sans mon portable!, paru sur le site Web du magazine L'actualité.


Les TIC : une structure plus forte pour les mouvements sociaux

Dans un autre ordre d'idée et à une plus grande échelle, les TIC ont exercé une certaine influence sur la tenue de mouvements sociaux dans certains pays, comme nous l'avons vu tout récemment lors du printemps arabe, notamment par l'intermédiaire des médias sociaux (pour en savoir davantage, consultez le dossier étoffé de Courrier international à ce sujet). Je ne peux me permettre de passer sous silence cette courte vidéo présentant des statistiques impressionnantes sur les médias sociaux, intitulée La révolution des médias sociaux :




Éric George, professeur à l'École des médias de la Faculté des communications de l'UQAM, mentionne que l'accès aux réseaux informatiques pour une plus vaste population a connu une percée majeure vers la fin des années 1990, au moment où diverses manifestations ont eu lieu contre certains accords commerciaux. Rappelons-nous entre autres du somment de l'Organisation mondiale du commerce tenu à Seattle en 1999 et, plus proche de chez nous, du sommet des Amériques à Québec en 2001 (avis aux plus nostalgiques : consultez le riche dossier multimédia à ce sujet sur le site Web de Radio-Canada).

Gorge ajoute que « c'est d'ailleurs dans cette dynamique que va être créé en 2001 le Forum social mondial, un forum qui se tiendra toujours dans un pays du sud, la plupart du temps à Porto Alegre au Brésil. [...] Les groupes sont souvent pauvres financièrement parlant et il est donc impensable d'embaucher des permanents qui favoriseraient la pérennisation de la structure. Or, Internet permet justement d'effectuer tout un ensemble de tâches, notamment en termes de contact, et ce à une vaste échelle qui peut même être internationale, sans qu'il ne soit nécessaire d'avoir un secrétariat important qui centralise l'information. Volonté de décentralisation et obligations d'économie de moyens vont de pair et s'ajoutent à la dimension plus conjoncturelle [...] ». (George, 2007 : en ligne) J'ai d'ailleurs eu la chance de constater personnellement cette réalité, puisque j'ai assisté à l'édition 2004 du Forum social mondial à Mumbai, en Inde. J'ai même pu être journaliste en herbe d'un moment sur place, grâce à Linux, un système d'exploitation entièrement gratuit, qui prouve peut-être que l'accès aux TIC se démocratise de plus en plus.

Pierre Jacquet, directeur exécutif et chef économiste de l'Agence française de développement, avance même que le rôle de structure des TIC va encore plus loin grâce à l'Internet et que celles-ci outrepassent les frontières dites traditionnelles : le « rôle des [TIC] et notamment de l'Internet [...] déborde naturellement les espaces nationaux. Cet outil de communication très puissant, fondamentalement "dé-nationalisé", permet de cimenter les sociétés civiles autour de projets politiques transnationaux. On peut aussi considérer que les TIC élargissent l'espace public traditionnel des démocraties représentatives bien au-delà des catégories politiques définies par le principe national, ainsi que des frontières politiques et culturelles. Voilà donc typiquement un cas où l'outil de communication interagit avec le contenu et nature du réseau qu'il permet de maintenir. » (Jacquet, 2002 : 40)


Certains vont même jusqu'à dire que l'intégration des TIC dans les pays en voie de développement agirait presque comme un remède à la pauvreté et aux problèmes sociaux. Les TIC seraient donc déterminantes pour le développement de ces sociétés. La vidéo que je vous propose suggère que la circulation efficace de l'information dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des affaires contribue au développement durable et aide les pays à devenir plus autonomes sur le plan économique. Cette vidéo s'intitule ICT : Getting Connected to Sustainability :




Émergence des TIC = trop de communication?

Pour conclure, les exemples mentionnés précédemment démontrent bien que les TIC sont déterminantes pour le développement de notre société, que ce soit pour l'organisation du travail, la diffusion du savoir et la structuration de certains mouvements sociaux.

Les TIC ont déclenché une avalanche de possibilités de communiquer... et de communications effectivement produites! La question que l'on peut se poser à l'époque actuelle est la suivante : est-ce que quantité rime avec qualité? (Selon moi, cela s'avère loin d'être le cas!) Terminons en réfléchissant sur cet extrait du roman La belle épouvante de Robert Lalonde, comédien et romancier québécois :

L'incommunicabilité? C'est pas [sic] qu'on ne communique pas assez. On communique trop et mal.
(EVENE.FR, [s. d.] : en ligne)



BIBLIOGRAPHIE

EVENE.FR [s. d.]. Robert Lalonde : ses citations [en ligne], http://www.evene.fr/celebre/biographie/robert-lalonde-3660.php?citations (consulté le 24 mai 2011)

GEORGE, Éric (2007). Dynamiques des transformations sociales, altermondialisme et TIC, (communication présentée au colloque de l'Association des professeures et professeurs de sociologie des collèges, présenté le 5 juin 2007 à Drummondville) [en ligne], http://www.appsc.qc.ca/textes/george.pdf (consulté le 24 mai 2011)

JACQUET, Pierre (2002). « La contestation de la mondialisation », dans L'Économie politique, 1/2002, no 13, p. 38-51 [en ligne] www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2002-1-page-38.htm (consulté le 24 mai 2011)

KARSENTI, Thierry, et François LAROSE (2005). L'intégration pédagogique des TIC dans le travail enseignant : recherches et pratiques, Québec : Presses de l'Université du Québec, 245 p.

LA LETTRE EMERIT (2005). « Technologie et société, destin croisé » dans Numéro spécial Technologie et société, Namur : Centre de recherche Travail & Technologies de la Fondation Travail-Université (FTU), 2e trimestre, no 42, p. 1-4 [en ligne], http://www.ftu-namur.org/fichiers/Emerit42.pdf (consulté le 24 mai 2011) 

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